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« Fils de la Révolution, vous d’aujourd’hui, êtes-vous encore capables d’entendre, sans gêne et sans peur, ces fiers échos de la canonnade de Valmy ? » Romain Rolland, Valmy, 1938

Lors de fréquents déplacements professionnels en région Champagne, j’ai souvent aperçu depuis l’A4, dans le lointain, la silhouette d’un moulin surgi de nul part, au milieu des champs: il s’agissait de la reconstitution d’un moulin disparu, marquant l’emplacement d’une partie de la ligne française lors de l’affrontement de Valmy, en 1792. A chaque fois, et aujourd’hui encore, je revenais à l’esprit, une partie d’un cours magistral du professeur Jean Tulard sur cette « non-bataille  » mythique.

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Le moulin de Valmy depuis l’A4 ©Panoramio

C’est donc avec beaucoup d’impatience que j’attendais la sortie d’une série intitulée Champs d’honneur chez Delcourt. Valmy, Septembre 1792, le premier opus de cette série est censé incarner une des 5 batailles marquantes de l’histoire de France, illustrant les questionnements suivants: que signifie « être français  » et qu’est-ce que le roman national? Il est vrai que du fait de l’écho avec les débats politiques nationaux de ces dernières années, l’idée de partir sur un tel projet semblait tout à fait appropriée.

« Premier succès des patriotes, [Valmy] est une victoire morale d’une indéniable portée » (Jean-Paul Bertaud, Valmy, La démocratie en armes, Folio, 2013, p. 11)

Avant de livrer mon sentiment sur l’album Valmy, Septembre 1792, il me semble nécessaire d’essayer de revenir en quelques mots sur ce que fut la fameuse bataille, d’autant que la BD ne présente aucune carte descriptive des lieux et encore moins un plan d’ensemble des manoeuvres du 20 septembre 1792.

Suite aux réformes institutionnelles qui remettent en cause la monarchie française, les puissances européennes continentales se sont liguées contre la volonté affichée des révolutionnaires français d’exporter le modèle hors des frontières. La guerre est déclarée le 20 avril 1792.

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« Le moment est venu d’une nouvelle croisade: une croisade de liberté universelle » (Brissot, chef de file des Girondins, 31 décembre 1791) 

Revenues de leurs illusions concernant l’accueil de leurs idéaux par les populations européennes, les troupes françaises sont en déroute depuis plusieurs mois. Elles ne cessent de perdre du terrain dans le Nord, le centre et le « Rhin ». Suivis de quelques milliers d’émigrés, les Prussiens du duc de Brunswick (42 000 hommes renforcés par 30 000 Autrichiens et des Hessois) font irruption en Lorraine, tandis que les Autrichiens menacent la frontière du nord. Sur ce front central, les verrous de Longwy et Verdun sautent les uns après les autres, semant la panique dans les rangs français. La route de Paris semble s’ouvrir aux ennemis.

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©Delcourt

L’Assemblée décrète la « Patrie en danger » et procède à une « levée de masse » soit l’enrôlement de 30 000 volontaires qui se porteront aux frontières du Nord et de l’Est.

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©Arthur Chuquet, Guerres de la Révolution, L’Invasion, L. Cerf, 1896.

La Garde Nationale de Paris part pour l’Armée, septembre 1792 par Léon Cogniez (1794 – 1880) © Photo RMN-Grand Palais

Par ailleurs, l’Armée du Nord (général Kellermann) est dépêchée en renfort de celle du Centre (général Dumouriez) pour une ultime tentative d’arrêt. Ce sera chose faite le 20 septembre 1792, dans la forteresse naturelle que constitue la forêt d’Argonne.

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« La forêt de l’Argonne […] s’étend depuis environ une lieue de Sedan, courant Sud-Est et Nord-Ouest, jusqu’à Passavent, à une forte lieue au-delà de Sainte-Menehould […] Elle est coupée par des montagnes, des rivières, des étangs, des marais qui la rendent impénétrable pour une marche d’armée, exceptée dans 5 clairières qui ouvrent des routes pour passer de la Champagne dans les Evêchés. » (Relation de l’abbé Massieu, AG, « Mémoires et Reconnaissances », n° 260).

Les Français y renversent la situation pour la première fois lors d’un affrontement limité (moins de 500 morts en tout et pour tout), qui se résume essentiellement en une canonnade. Face à la résistance qui leur est opposée, les troupes menées par le duc de Brunswick, plusieurs dizaines de milliers d’hommes, se retirent en bon ordre et sans en venir au corps à corps. Elles abandonnent ainsi toute tentative de marche sur Paris et de restauration de la monarchie. Dès le lendemain de la bataille, les envahisseurs commencent à battre en retraite.  Les Autrichiens se retirent en bon ordre en Belgique tandis que le duc de Brunswick repasse la frontière un mois plus tard. Verdun est évacuée le 14 octobre, Longwy le 22 et les derniers opposants quittent la France le 23.

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©Vikidia / Alexandrin

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Théodore Jung, Bataille de Valmy à 11 heures du matin, le 20 septembre 1792 ©RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot / Jean Schormans

Évènement déclencheur du retrait, la bataille de Valmy est aussitôt qualifiée de « victoire décisive  » et « miraculeuse » ayant permis de préserver la jeune Révolution. Il n’en fallait pas moins pour que naissent instantanément une légende dorée et son pendant négatif autour de la prétendue bataille de Valmy.

Si Valmy revêt une importance particulières pour les partisans d’une victoire française, c’est que ces derniers retiennent principalement les faits suivants:

1 – l’armée prussienne, modèle de discipline et de rigueur, jouit de sa réputation de meilleure armée continentale. A contrario, les troupes françaises sont vues comme des bandes de va-nu-pieds inexpérimentés et ne faisant pas le poids en comparaison. Néanmoins, on estime que l’esprit patriotique leur a permis de compenser, voire de surmonter leur handicap au point de mettre en fuite leur ennemi tyrannique.

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©Delcourt

2 – le cri inédit de « Vive la Nation! » que le général François-Christophe Kellermann aurait poussé en brandissant son épée, surmontée de son chapeau arborant un panache tricolore afin d’unir ses troupes qui commençaient à défaillir.

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Le Maréchal François-Christophe Kellermann, duc de Valmy (1735-1820) par Jules Claude Ziegler. Kellermann porte l’uniforme de général en chef de l’armée de Moselle de 1792 © RMN (Château de Versailles)/Hervé Lewandowski

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Kellermann par Lucile Foullon-Vachot (1775-1865) d’après un tableau de Maritnet. Huile sur canvas. Musée historique de Strasbourg, MBA 1770. On remarque sur les 2 tableaux, un moulin mais je n’ai pas réussi à savoir s’il s’agissait de celui de Valmy ou de Jemappes

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©Delcourt

3 – on a pu croire, avec beaucoup de raccourcis, que la bataille de Valmy avait permis à elle seule la création de la République, celle-ci étant proclamée à Paris par la Convention dès le lendemain. C’est qu’on retient souvent la formule de Goethe, témoin de la bataille et qui écrit 30 ans plus tard avec beaucoup d’idéalisme : « de ce lieu et de ce jour date une époque nouvelle dans l’histoire du monde. »

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Décret de la Convention abolissant la royauté le 21 septembre 1792 © Photo RMN-Grand Palais – Bulloz

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©Delcourt

4 – la bataille de Valmy est inédite car elle constitue le premier « grand duel d’artillerie de l’histoire militaire » (Jean-Paul Bertaud, Valmy, La démocratie en armes, p. 11). Au total, 20 000 boulets de canon sont tirés de part et d’autre du champ de bataille.

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©Delcourt

Un contemporain relate ainsi cet événement : « Citoyens, des despotes orgueilleux et barbares menaçaient notre liberté, déjà même, ils avaient mis un pied téméraire sur le territoire sacré de notre République, le sort de la Patrie était entre les mains de nos soldats, ces soldats étaient nos frères et nos amis, ils ont combattu les tyrans, ils les ont vaincus, ils les ont chassés au loin, ils sont encore en ce moment à la poursuite de ces bêtes féroces. Le 20 septembre a décidé de nos destinées; il sera célébré à jamais dans les annales des nations, ce jour auquel les soldats français ont reconquis cette liberté qui doit faire le tour du monde entier. »(AG, Xw90).

Tous les ingrédients étaient donc réunis pour délivrer un excellent travail autour d’un thème peu exploité: je ne connais en effet qu’une seule autre BD ayant trait directement à la bataille de Valmy.

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Cependant, je suis restée sur ma faim avec cet album malgré les bonnes idées qu’on y trouve. Trop d’ambition pour cette tête d’affiche?

I – Un récit fouillé

Commençons par le bon côté, à savoir, la multiplication des points de vue de l’évènement: elle présente le grand intérêt de montrer la grande diversité de parcours des acteurs. Ce qui permet de s’identifier au « volontaire » français de 1792 tout en comprenant les impératifs et les contraintes des stratèges et tacticiens dans un contexte politico-social instable et fluctuant. On est réellement dans ce qui ressemble à une illustration de la célèbre citation de Clausewitz « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. »

J’ai, par ailleurs, beaucoup apprécié les nombreux clins d’oeil et multiples anecdotes liées à l’évènement et son contexte. Cette BD est très pointue car elle réussit le tour de force de nous présenter des personnages secondaires tels que le dramaturge et homme d’Etat « allemand » Goethe ou le futur généralissime et dictateur absolu de la première république vénézuélienne, Francisco de Miranda.

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Les vignettes ou cases reprennent également des représentations connues, le tout dans un style graphique sobre et efficace.

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Rouget de L’Isle chantant la Marseillaise pour la première fois à Strasbourg, chez le maire de Dietrich, le 25 avril 1792 par Isidore Pils (1849). Huile sur toile. Strasbourg, Musée Historique, dépôt du musée du Louvre. DR

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©Delcourt

Le revers de la médaille, c’est peut-être du coup, la complexité du scénario. Bien que très intéressante, cette construction du récit, perd parfois le lecteur et sauf à connaître déjà un peu les protagonistes, on a du mal à savoir pourquoi on s’intéresse à eux. D’autant que ces personnages ne sont pas toujours très bien différenciés. Il faut donc être attentif et revenir quelques pages en arrière pour être certain d’avoir tout saisi.

II – Un traitement inégal favorisant le contexte aux dépends du recit De la bataille

De plus, le contexte représente 35 des 56 pages de l’album soit un peu plus de 62% de la BD selon une trame chronologique qui débute en mai 1783, c’est à dire, 9 ans avant les faits! Et pour cause, comment illustrer une « escarmouche »?

Oui, il semble cohérent et important de souligner les signes d’une construction en marche de la Nation, telle que nous la concevons, naissance du futur étendard et hymne nationaux par exemple mais on se noie dans les détails. On se croirait dans un des tomes de l’Histoire en bandes dessinées parue dans les années 70 chez Larousse!

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Pourquoi les apartés sur La Fayette par exemple? Pour illustrer le fait que l’armée française ne comptait plus de « génie » ou d’ « hommes providentiels charismatiques » à sa tête suite à la fuite en masse des officiers, des nobles ne cautionnant pas le nouveau régime en devenir? Cela ne constitue-t-il pas d’ailleurs un contre-sens? La période de la Révolution et de l’Empire fut à cet égard, un indéniable tremplin social, au premier rang desquels on trouve un certain Napoléon Bonaparte… Quelle valeur réelle apporter à la fuite de La Fayette et à sa vaine tentative de retourner l’armée? N’était-elle pas une « émigration » ou une désertion comme les autres (environ 2/3 des officiers fuient la France et environ 50 000 hommes désertent)? Est-ce un ressort scénaristique visant à renforcer l’idée d’une France au bord du gouffre? Une vision simplifiée du récit historique, vu essentiellement sous le prisme des « grands hommes »? En effet, l’aura de La Fayette était déjà largement ternie lorsqu’intervient Valmy. Le scénariste le rappelle d’ailleurs! La Fayette est un personnage trouble, ayant une vision modérée du régime qui doit prévaloir. C’est en clair, un partisan d’une monarchie constitutionnelle. Il verse dans diverses menées  « secrètes », y compris des « négociations » avec les ennemis de la France.

Certes, La Fayette quitte « l’armée du Centre » à la « veille » des combats, ce qui impose une réoganisation des commandements et plus particulièrement de dépêcher Dumouriez à sa place mais cela n’est qu’un élément perturbateur parmi d’autres.

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©Arthur Chuquet, Les guerres de la Révolution, L’invasion, L. Cerf, 1896

Dans les faits, il faut bien comprendre qu’au moment où intervient Valmy, la Révolution doit faire face à de multiples dangers. Les chefs d’armée, les Rochambeau ou Luckner, ne sont pas jugés plus sûrs vus par les autorités parisiennes. N’oublions pas non plus qu’une seconde force, autrichienne celle-ci, s’apprête à menacer Lille (qui tiendra fort heureusement). Sans compter que de la Bretagne au Var, en passant par la Vendée et les Cévennes, les royalistes se sont révoltés. Il y a donc à la fois des dangers extérieurs et de potentiels dangers intérieurs. Des rumeurs bien orchestrées ont d’ailleurs été instrumentalisées, au point de provoquer début septembre des massacres dans les prisons parisiennes; un phénomène qui connaît également un certain écho en province. On se rend donc compte que c’est seulement en écrivant l’Histoire a posteriori qu’on attribue un rôle central de Valmy.

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Massacre à la Salpêtrière, 3 septembre 1792 (anonyme) ©RMN-Grand Palais – T. Le Mage

“Jamais la France ne fut en plus grand péril” (Goethe)

Et puis, ironie du sort, le général Dumouriez, érigé en principal vainqueur de la bataille de Valmy, passera à l’ennemi dès le 4 avril 1793, après avoir tenté de rétablir la monarchie constitutionnelle. Il n’y a donc pas de monument érigé en son honneur sur le site de la bataille contrairement à Kellermann, nom qu’on associe plus volontiers à cette « victoire » (sic).

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Charles-Francois du Perier Dumouriez (1739-1823) d’après un tableau de Jean Antoine Houdon, 1834 (huile sur canevas), par Jean-Sébastien Souillard Château de Versailles

Quant à l’ « armée révolutionnaire », elle en réalité en grande partie l’héritière de l’ancienne armée royale auxquels se sont ajoutés des sympathisants de la révolution en marche, des recrues, des volontaires ou des immigrés. Pas forcément le modèle idéal d’un peuple en armes! Pire, « Valmy, par les canons mis en batterie, par les hommes qui les servent, par les généraux qui les commandent, n’est-elle pas la dernière victoire de la Monarchie? » s’interroge Jean-Paul Bertaud. « Indiscutablement, les Français bénéficient de la supériorité du matériel et du talent des servants, instruits sous l’Ancien Régime. Mais pour que les artilleurs pointent avec efficacité, encore faut-il les encadrer par des fantassins sûrs d’eux-mêmes. Une armée puise son assurance dans l’esprit de corps que créent la longue fréquentation des compagnons d’armes et les joies et les souffrances subies ensemble. A Valmy, les ‘Blancs’ ou soldats du ci-devant roi ont un esprit de corps qui les fait se moquer et se quereller avec ‘la faïence bleue qui ne sait pas aller au feu’. Mais les uns et les autres […] sont en majorité des jeunes gens sortis depuis peu des villes et des villages en Révolution. Au moment où ils fléchissent, ce ne sont pas les cris de guerre propres aux unités de l’Ancien Régime qui les rallient et les soudent, mais bien le ‘Vive la Nation!’ lancé par Kellermann. » (Valmy, La démocratie en armes, p. 344) Finalement, ce serait donc le mélange fort improbable d’un savoir-faire éprouvé à un nouvel état d’esprit transcendant qui aurait permis de l’emporter.

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« Ce sont les Thermopyles mais d’abord il faut être sûr d’avoir des Spartiates; et de plus mourir n’est pas vaincre. » Choderlos de Laclos (cité par Jean-Pierre Bertaud, Choderlos de Laclos, Fayard, 2003, p. 387).

D’ailleurs, pour avoir une idée très détaillée des hommes qui composent l’armée française, l’étude poussée de l’ouvrage pré-cité, Valmy, La démocratie en armes de Jean-Paul Bertaud est une mine d’informations peu égalée. Il décrit d’ailleurs très bien les actions de la population locale qui prêtent main forte aux troupes avec leurs moyens et à leur niveau. L’ouvrage de Jean-Paul Bertaud est un ouvrage de référence qui, vous le constatez, m’a fourni beaucoup de matière pour construire cette chronique.

J’ajoute que concernant la représentation « graphique » de la diversité des hommes qui constituent l’armée révolutionnaire, j’aurais souhaité des différentiations plus marquées au niveau des uniformes et de l’habillement.  Elles sont parfois présentes sur certaines vignettes mais ressortent peu au final. On a a contrario l’impression d’une armée assez lisse, proche d’une armée professionnelle car trop « propre » (pas de sabots, de haillons…). Une tendance qu’on retrouve aussi très souvent pour représenter une Grande Armée napoléonienne idéalisée.

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III – UNE VISION PARTIELLE POUR EXPLIQUER LA ‘VICTOIRE’

Il est en outre tout à fait dommage que pour expliquer la « déroute » prussienne, la BD se limite en définitive à la seule thèse de la victoire française alors que le récit sème quelques éléments sur de multiples explications plus ou moins plausibles… J’ai le sentiment que le scénariste était parfaitement informé de toutes les polémiques autour de cette bataille mais s’est contraint à garder l’esprit de la « commande ».

« Valmy sauve la Révolution! Pour certains historiens, cela tient du prodige; aussi verront-ils dans la rencontre les suites d’un complot, le résultat d’une entente entre les coalisés et les Français, hommes politiques ou militaires. D’autres historiens réagiront contre cette thèse et attribueront la responsabilité du succès au peuple, bourgeois, artisans et paysans mêlés: unanimité nationale qui sera détournée de sa signification première et qui, devenue mythe, sera utilisée par les gouvernants, aux XIXème et XXème siècles, pour d’autres combats. Depuis, le débat n’a pas cessé. »(Jean-Paul Bertaud, Valmy, La démocratie en armes, p. 12).

« [… qu’une] troupe de comédiens ambulants, un pitre à leur tête ait pu l’emporter sur une des meilleures armées de l’Europe, sans qu’il y ait eu complot ou traîtrise […] » (Edmond Burke)

« Un peuple en état de révolution est invincible et […] l’étendard de la liberté est toujours celui de la victoire » (Extrait de discours prononcé à l’Assemblée législative, Le Moniteur universel, 1er décembre 1791).

« […] j’ai vu que les chefs de parti, les héros de l’histoire convenue, n’ont ni prévu ni préparé, qu’ils n’ont eu l’initiative d’aucune des grandes choses, d’aucune spécialement de celles qui furent l’oeuvre unanime du peuple au début de la Révolution. Laissé à lui-même, dans ces moments décisifs, par ses prétendus meneurs, il a trouvé ce qu’il fallait faire et l’a accompli » (Michelet, Préface à L’Histoire de la Révolution française, Gallimard, 1939, p. 78)

« […] Révolution de l’Egalité et de la Liberté, révolution faite donc pour assurer à l’Homme sa dignité d’être. Pour elle, soldats devenus citoyens ou citoyens pour un temps soldats, tous se levèrent. Il n’y eut pas un ‘front’ où l’on se battait et un ‘arrière’ destiné seulement à soutenir matériellement et moralement le combattant. La France entière fut un champ de bataille. » (Jean-Paul Bertaud, Valmy, La démocratie en armes, p. 93).

« Tous ces fiers enfants de la Gaule
Allaient sans trêve et sans repos
Avec leurs fusils sur l’épaule,
Courage au coeur et sac au dos !
La gloire était leur nourriture,
Ils étaient sans pain, sans souliers,
La nuit ils couchaient à la dure
Avec leurs sacs pour oreiller.

Refrain:
Le régiment de Sambre et Meuse
Marchait toujours au cri de ‘Liberté !’ 
Cherchant la route glorieuse
Qui l’a conduit à l’immortalité.

Pour nous battre, ils étaient cent mille
A leur tête, ils avaient des rois !
Le général, vieillard débile
Faiblit pour la première fois
Voyant certaine la défaite
Il réunit tous ces soldats
Puis il faut battre la retraite
Mais eux ne l’écoutèrent pas.

Le choc fut semblable à la foudre
Ce fut un combat de géant
Ivres de gloire, ivres de poudre
Pour mourir, ils serraient les rangs !
Le régiment par la mitraille
Était assailli de partout,
Pourtant, la vivante muraille
Impassible, restait debout. » (Extrait des paroles du Régiment de Sambre et Meuse de Paul Cézano et Robert Planquette. Ecrit en 1879, ce chant évoque plus ou moins fidèlement 1792)

Il n’est en effet pas certain que l’ardeur des soldats français et, a contrario, le manque de volonté de l’adversaire aient été la cause unique ou principale du revirement inattendu. C’est que même les principaux intéressés ont laissé planer le doute: ainsi, « Kellermann lui-même ne parla jamais de bataille ou de victoire mais de ‘l’affaire du 20 septembre’ » (Elise Meyer, Valmy, la naissance d’un mythe orléaniste et républicain (1830-1848), p. 14). Un autre témoin indirect, le général Sarazin rapporte aussi dans son Histoire de la guerre de vingt-quatre ans les prétendus propos de Dumouriez, rencontré à Londres en 1810. D’après lui, le retrait des Prussiens aurait été arrangé quelques jours auparavant. Bien entendu, dans La vie et les mémoires du général Dumouriez, les mémoires que le principal intéressé publie finalement en 1822 (un an avant sa mort), il ne pipe mot sur le sujet.

Cependant, si on en vient à des considérations concrètes, quels sont les facteurs qui ont pu jouer en faveur des Français? Tout d’abord les conditions du combat: le temps n’était pas de la partie, dans une zone riche en marais et en petites collines couvrant la vue et gênant les tirs d’artillerie. des conditions défavorables qui auraient été renforcées par un épais brouillard pendant les combats.

« La terre est extrêmement détrempée par la pluie, les chemins en deviennent mauvais[…] La plupart sont des chemins de traverse. Leur terre grasse et visqueuse s’attache si bien aux roues de nos canons qu’elles semblent n’en former qu’une masse » (Frédéric-Guillaume II, Documents relatifs aux campagnes en France et sur le Rhin, pendant les années 1792 et 1793, Paris, J. Cornard, 1848, p. 45).

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Qui plus est, les reconnaissances des lieux n’ont pu se faire correctement sur un terrain mal connu, y compris des défenseurs (les cartes manquent et on doit en faire acheminer en toute hâte depuis Paris).

Au travers de certaines sources, on constate également qu’un doute plane aussi sur le degré de surprise et de préparation des uns et des autres lorsque les bélligérants entrent en contact.

Néanmoins, Dumouriez savait qu’en ralentissant l’ennemi, il le mett(r)ait en difficulté: seule la vitesse de manoeuvre de l’ennemi pouvait compenser l’éloignement de ses voies d’approvisionnement au fur et à mesure qu’il s’enfonçait en France. C’est pourquoi, après l’échec des confrontations frontales précédentes aux frontières, il a opté pour un dispositif assez surprenant: il ne se place pas entre Paris, centre politique et décisionnel et les Prussiens mais plutôt à front renversé, de manière à leur interdire toute possibilité de se replier (pour les puristes, il s’agit d’une couverture indirecte). Les Prussiens se retrouvent alors malgré eux, pris en tenaille, en pays hostile et face à une résistance qu’ils avaient sous-estimée, certainement victimes de l’enthousiasme trompeur des royalistes.

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Bataille de Valmi du 20 septembre 1792. Copie du plan topographique de l’ordre de bataille prise sur l’original entre les mains de Mr. le Duc de Valmy. Souvenir de Mr DelaBarre

« Au début de la campagne, nous voyons les chemins de la gloire et de l’avancement ouverts devant nous […] A Paris! A Paris! Entend-t-on crier de toutes parts […] on a vidé aujourd’hui plus d’un verre supplémentaire à la fin bienheureuse de ces messieurs de la Convention […] Les avocats de Paris, comment nous résisteront-ils? Une vraie chasse à courre! […] Bischoffswerder [aide de camp du roi de Prusse] lui-même m’a dit fin mai: ‘N’achetez pas trop de chevaux. La farce ne durera pas assez longtemps. Les fumées de l’ivresse de liberté se dissipent à Paris. L’armée des avocats va être convenablement rossée dans les Pays-Bas; en automne nous serons chez nous ». (Christian von Massenbach, Memoiren über meine Verhältnisse zum preussischen Staat und insbesondere zum Herzog von Braunschweig, Kunst- und Industrie-Comptoir, 1809).

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Malheureusement rapporte Goethe, dans son ouvrage, La Campagne de France : « Ainsi s’était passé cette journée. Les Français n’avaient pas bougé. Kellermann seul était allé occuper une position moins incommode. On retira nos gens du feu, et ce fut comme si rien ne s’était passé. La plus grande consternation se répandit dans l’armée. Le matin encore, on ne parlait que d’embrocher et de manger les Français en bloc. Moi-même j’avais été attiré dans cette dangereuse aventure par la confiance absolue que m’inspiraient notre armée et le duc de Brunswick. Or, maintenant, chacun s’en allait, marchant devant lui rêveur, on évitait de se regarder, et quand les yeux se croisaient, on se répandait en jurements et en malédictions. A la nuit tombante, le hasard avait réuni un cercle au centre duquel on ne put même pas, comme d’habitude, allumer un feu. La plupart restaient silencieux, quelques-uns causaient, mais, à vrai dire, personne n’était en état de réfléchir ni de porter un jugement ».

D’autant que les Français ont su parfaitement exploiter le terrain et leur atout majeur: une artillerie de qualité. Sans se dévoiler, ils ont affaibli les premières vagues de cavalerie et d’infanterie en les harcelant sous un feu nourri. « Bientôt nous nous trouvâmes dans une étrange position: les boulets pleuvaient sur nous, sans que nous ne puissions comprendre d’où ils venaient […] des boulets tombaient par douzaine devant notre escadron » relate Goethe (Campagne de France suivi du Siège de Mayence, Paris, Aubier, 1933, p. 113).

Ensuite, à partir de la position centrale de la butte de Valmy, un tertre étroit, une concentration de 36 pièces d’artillerie est installée en barrage. Même si un obus adverse fait exploser des munitions et crée du flottement, cette position en surplomb tient et ne lâche rien. 

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Bénéficiant de renforts constants, en arrière du dispositif, les pièces d’artillerie fixent l’avancée prussienne à découvert et qui se voit même sous la menace d’un mouvement de contournement sur sa gauche. « Ce fut une de ces batteries qui décida du résultat de la journée; cette batterie, adossée à un moulin à vent, tint notre infanterie en échec et l’empêcha de donner » témoigne un autre Prussien (Friedrich Christian Laukhard, Un Allemand en France sous la Terreur. Souvenirs de Frédéric-Christian Laukhard, professeur d’université saxon et sans-culotte français, 1792-1794, éd. Willem Bauer, Perrin, 1915, p. 89).

C’est que le système de canon Gribeauval offre un avantage indéniable dans un duel d’artillerie. Ce système tire son nom du réformateur de l’artillerie française à partir de 1762. Impressionné par les réformes opérées dans l’artillerie prussienne et autrichienne (sic), Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval s’attache à rationaliser l’artillerie et à la rendre à la fois plus résistante et plus mobile sur le champ de bataille.

Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval.  Dessin à la mine de plomb, sanguine, gouache et aquarelle
par Louis Carrogis dit Carmontelle (1760).
Chantilly, Musée Condé. RMN

Ce système, grâce à des techniques de fabrication plus évoluées, permet de réduire le « vent » du boulet et de mieux utiliser les charges de poudre alors qu’une standardisation rigoureuse des fabrications permet l’interchangeabilité des éléments. La cadence de tir est notablement accélérée en permettant le chargement des pièces à l’aide de cartouches. Enfin le pointage est amélioré par l’utilisation d’une vis réglant l’élévation du tube.

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©Delcourt

Jean-Paul Bertaud estime que « Le champ de bataille est un espace où se concentre un nombre de pièces d’artillerie encore jamais alignées. L’armée de Kellermann doit les pertes réduites au sol détrempé gênant le ricochet des boulets et aux artilleurs ennemis souvent maladroits, maniant des pièces moins performantes que le canon Gribeauval des Français. » (Valmy, La démocratie en armes, pp. 343-344).

« Lorsque Goethe assura, trente ans plus tard, qu’il est impossible d’en décrire la violence et d’en faire revivre l’idée dans l’imagination, on prétendit que l’affaire, telle qu’il l’avait racontée, n’était qu’un jeu d’enfants; que son récit était pompeux et hyperbolique; qu’on y reconnaissait le traducteur de Benvenuto Cellini; le plus grand hâbleur de la nation italienne. Mais le dire de Goethe est confirmé par de nombreux témoignages. Le bruit du canon fut porté par le vent jusqu’à Sainte-Menehould et à Grandpré; à Sainte-Menehould, écrit Buirette, il retentissait d’une manière effrayante et faisait trembler toutes les vitres. Le maréchal de camp Money l’entendit aux Islettes et ce vieux compagnon de Burgoyne affirme qu’il n’a jamais ouï cantonade aussi vive. Pas un militaire, rapporte Lombard, ne se souvient d’un feu semblable. Il faut se rappeler que pour la première fois, depuis la guerre de Sept-Ans, l’artillerie tonnait en Europe sur un champs de bataille, car les combats des Autrichiens et des Russes contre les Turcs s’étaient livrés loin du monde civilisé et , pour ainsi dire, en Orient. On comprend dès lors la stupeur et l’étourdissement des deux partis. La plupart des combattants n’avaient pas encore vu la guerre; ils furent étonnés et troublés par ce fracas formidable. C’était, dit Caraman, la première fois que je me trouvais à une bataille rangée, et les premiers boulets qui portèrent près de moi les premières mutilations, dont j’eus le triste spectacle, me causèrent une impression involontaire » ( Arthur Chuquet, Valmy, La Patrie en danger, Editions Laville, 2010, pp. 219 à 220)

Et puis, il y a aussi le poids imputé au caractère prudent du généralissime prussien, le duc de Brunswick. « L’historien Arthur Chuquet, qui a consacré sa thèse à l’étude de la bataille de Valmy, insiste sur la formation et la carrière militaire du général prussien Brunswick. De ce métier qu’il pratique depuis tant d’années, Brunswick a retiré l’idée qu’un bon général doit bannir toute précipitation: la guerre est un art où on ne doit laisser au hasard que la place la plus limitée. C’est par la manoeuvre d’une troupe supérieure en nombre à celle de l’adversaire plus que par l’attaque énergique mais aveugle que la victoire peut être remportée, avec un minimum de pertes. Le soldat représente, dans ces armées de mercenaires exercés à grands frais pour être des automates, un capital qu’il ne faut pas gaspiller. Or Brunswick était loin d’avoir toutes les atouts dans son jeu. Les Prussiens étaient seuls; les forces autrichiennes et l’armée des émigrés français étaient encore en chemin. Ne fallait-il pas les attendre? » (Jean-Paul Bertaud, Valmy, La démocratie en armes, p. 69).

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Le duc de Brunswick. Copie anonyme datant de 1780 d’un portrait peint en 1777 ou plus tôt par Johann Georg Ziesenis ©Gleimhaus Halberstadt

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Cependant, si on s’en réfère à l’ouvrage Les Maîtres de la guerre du Général Major Julian Thompson (2007, Editions Gründ, p. 31), ce serait peut-être un héritage de la pensée stratégique de Frédéric II le Grand qui « préférait les victoires rapides, dès l’engagement, pour éviter les tirs prolongés, dispendieux en munitions. il comptait toujours sur son excellente infanterie pour enfoncer les lignes ennemies« .

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« […] connaissez-vous la hauteur de Johannesburg près de Nauheim, non loin de Friedberg? J’ai eu là maille à partir avec le prince de Condé; je ne savais pas ce qu’il y avait derrière la hauteur, je fus battu! Eh bien, Valmy a une grande ressemblance avec Johannesburg. Je ne savais pas ce qu’il y avait derrière. On devient prévoyant […] lorsqu’on a été malheureux à la guerre«  (Extrait d’un commentaire du duc de Brunswick d’après Christian von Massenbach, Memoiren über meine Verhältnisse zum preussischen Staat und insbesondere zum Herzog von Braunschweig)

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Quoiqu’il en soit, « Pour Dumouriez, le duc de Brunswick a eu raison de ne pas pleinement se battre, car tout autre choix aurait joué en sa défaveur. D’un côté, s’il avait battu les Français, la victoire n’aurait été que sanglante et les Français se seraient repliés derrière la Marne pour ensuite mener une nouvelle attaque contre les Prussiens décimés et affaiblis par la maladie. De l’autre, si les révolutionnaires avaient été pleinement vainqueurs, ils auraient probablement capturé ou massacré la totalité de l’armée prussienne  […]. À une époque, il aurait même regretté que Brunswick ne l’ait pas attaqué, afin de lui laisser la route de Paris » (Elise Meyer, Valmy, la naissance d’un mythe orléaniste et républicain (1830-1848), p. 15).

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Théodore Jung, Bataille de Valmy de 3 à 4 heures du soir, le 20 septembre 1792 ©RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot / Jean Schormans

La retraite de l’armée prussienne après Valmy

Caricature anglaise critiquant la retraite des Autrichiens à Valmy (les sans culottes, à droite, représentés sans pantalons, poursuivent l'ennemi souffrant de diarrhée), 1792, Deutsches historisches muséum, Berlin

Caricature anglaise critiquant la retraite des Autrichiens à Valmy (les sans culottes, à droite, représentés sans pantalons, poursuivent l’ennemi souffrant de diarrhée), 1792, Deutsches historisches muséum, Berlin

On glose également des divisions existantes entre les coalisés qui n’auraient pas offert un front uni. En effet, les Prussiens auraient été plus préoccupés par le sort de la Pologne que par le devenir de la Révolution. La Pologne, connaît au même moment que la France, un vent de réforme constitutionnelle qui divise le pays. Le parti « conservateur » fait appel à la Russie puis à la Prusse voisines. Ces deux puissances envahissent la Pologne en mai 1792 avec l’intention de profiter du chaos pour s’arroger de nouveaux territoires (un partage de la Pologne entre les 2 puissances interviendra en janvier 1793).

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La Russie obtient l’annexion des territoires de l’ouest ukrainien et de la Biélorussie lituanienne. La Prusse reçoit Dantzig, Thorn et la Grande-Pologne. Source : André et Jean Sellier, Atlas des peuples d’Europe centrale, cartographie Anne Le Fur, Paris, La Découverte, nouvelle édition, 2002, p. 91 sur le site http://www.akadem.org

D’aucuns évoquent aussi une conséquence plus pernicieuse due à l’ingestion de raisins trop verts dans cette région de Champagne: ils auraient décimé les rangs prussiens (dysenterie).

Dans le domaine des supputations, d’autres mettent en avant les liens d’amitié maçonniques noués de longue date entourant les différents commandements en présence. On avance aussi que Brunswick aurait été un agent à la solde de l’Angleterre, qui voyait d’un mauvais oeil un partage de l’Europe continentale dont elle aurait été exclue et une Prusse trop imposante. On prétend même que les bijoux de la Couronne auraient été subtilisés (le vol a lieu 4 jours plus tôt au Garde meuble) puis remis au camp adverse pour « acheter » un retrait. L’accusation est en tout cas utilisée lors du procès de Danton. Une partie du butin, le fameux diamant bleu de la Toison d’or, s’est aussi retrouvé dans la succession de Brunswick, alimentant la thèse.

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Vue du Garde-Meuble de la Couronne (Hôtel de la Marine, place de la Concorde)

Pour les moins terre-à-terre, il y a aussi la rumeur de l’intervention d’un « fantôme ». Dans Histoires Magiques de l’Histoire de France (Albin Michel, 1977), Guy Breton consacre un chapitre à la soit-disant apparition qui aurait dissuadé le roi de Prusse Frédéric-Guillaume II de poursuivre son attaque en France. Son oncle, Frédéric le Grand (Frédéric II), décédé en 1786, se serait manifesté pour le convaincre de mettre fin à son projet.

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Frédéric II

IV – Pour un panel de personnages plus représentatif et plus judicieux

Un autre grand regret sur cet album se fonde sur des absences notables parmi le foisonnement de personnages. Celles-ci peuvent néanmoins s’expliquer par les partis pris précédemment évoqués.  Je note ainsi que Danton, auteur, face à l’Assemblée, de la célèbre déclaration « Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée » n’apparaît nul part.

Il peut également s’agir d’un défaut de sources concernant les personnages en question ou d’un manque de temps. On distingue pourtant des destins de militaires/artistes ou artistes/militaires de très haut niveau parmi les combattants. Je classerais dans cette catégorie, un Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons Dangereuses. Il est alors commissaire au ministère de la Guerre où il a la charge de réorganiser les troupes de la jeune République. On le sait moins, mais cet artilleur de métier sera l’un des inventeurs de l’obus, un « boulet creux » chargé de poudre qu’il met au point lors d’expériences balistiques en 1795. Benjamin Zix (1772-1811), dessinateur au quartier général de la Grande Armée, était également présent. Il aurait d’ailleurs réalisé des croquis de la bataille. Sans compter Louis-François Lejeune (1775-1848), futur général et peintre, alors engagé volontaire. Un protagoniste haut en couleurs dont Patrick Rambaud fait l’un des personnages centraux de La Bataille.

On note aussi un certain nombre de destins assez extraordinaires (Augustin Daniel BelliardDominique François Xavier Félix, Joseph Diaz Gergonne…) qui auraient certainement pu être développés au lieu de faire appel à un personnage fictif pour incarner le soldat de la nouvelle armée révolutionnaire.

Surtout, on occulte bien le fait que le futur Louis Philippe a pris part aux combats du côté des révolutionnaires. Or, nous allons voir juste après que cette participation n’a rien d’anodin.

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Louis Philippe Ier par Franz Xaver Winterhalter (galerie des batailles) © Château de Versailles

« Louis-Philippe aurait effectivement participé activement à la bataille, du matin jusqu’au soir, en commandant la deuxième ligne d’hommes campée sur les hauteurs de Valmy.

[…] D’après les biographies actuelles de Louis-Philippe, celui-ci avait rejoint un régiment de dragons à Vendôme en juin 1791, dont il est fait colonel. Après le décret du 22 juin, il s’est soumis au serment constitutionnel et jura par conséquent de protéger la patrie et sa constitution en les défendant par les armes et de ‘mourir plutôt que de souffrir une invasion du territoire français par des troupes étrangères’. Lorsque la France déclara la guerre à l’Autriche, il participa aux premières opérations de l’armée du Nord, qui s’avérèrent désastreuses. Il finit par obtenir le brevet de lieutenant-général et est envoyé auprès de Dumouriez. Toutefois, il n’est plus officiellement le duc de Chartres à partir du 19 septembre 1792, car les révolutionnaires ont décrété à son père que sa famille ne peut plus être désignée par son ancien fief, Orléans, ou par tout autre titre de noblesse. Ainsi, Philippe d’Orléans devint Philippe Égalité et se vit dans l’obligation d’imposer ce nouveau nom à l’ensemble de sa famille. Ainsi, c’est le  ‘lieutenant- général Égalité’, comme l’appelait Dumouriez, qui participa le 20 septembre 1792 à la bataille de Valmy. Aidé par son jeune frère, anciennement duc de Montpensier, qu’il prit comme aide de camp, il est effectivement sur le tertre de Valmy lors de la canonnade d’après tous les historiens.

[…] Cependant, qu’a-t-il réellement fait sur le champ de bataille à Valmy ? Les biographies actuelles s’attardent peu sur la campagne militaire de 1792 et se reposent beaucoup sur les Mémoires de Louis-Philippe et sur des documents datant la monarchie de Juillet. Or, tout ce que l’on apprend dans les Mémoires, c’est que Louis-Philippe était fier d’avoir pu commander la deuxième ligne de soldats, près du moulin . Par conséquent, tout ce que l’on sait, c’est que le futur roi était au pied du moulin à partir de dix heures du matin et qu’il s’y est maintenu jusqu’au soir. Lorsque l’on recherche des informations dans des monographies plus anciennes traitant de Louis-Philippe, on se heurte en outre au mépris de nombreux historiens.

[…] Par conséquent, l’engagement républicain des historiens fausse celui de Louis-Philippe, peut-être par réaction aux récits de propagande diffusés pendant la monarchie de Juillet, dont font partie les biographies du roi validées par le régime. À ce jour, nous n’avons donc pas de sources permettant d’établir ce que fit Louis- Philippe sur le tertre de Valmy.

[…] Le mystère entourant l’action précise de Louis-Philippe lors du 20 septembre 1792 a permis à ses biographes de renforcer son rôle durant la bataille. Faute de preuve contradictoire, cette version officielle des évènements tend même à rendre la présence de Louis-Philippe plus importante que celle de Kellermann. »(Elise Meyer, Valmy, la naissance d’un mythe orléaniste et républicain (1830-1848), pp. 23-25)

V – VALMY, UNE BATAILLE REHABILITEE PAR LOUIS-PHILIPPE Ier

Puisqu’il est question de « roman national » dans la conception de cette BD, pourquoi ne pas avoir consacré une partie à la construction du mythe de Valmy? Le mémoire de Master 2 d’Elise Meyer, Valmy, la naissance d’un mythe orléaniste et républicain (1830-1848), dont je vais utiliser quelques extraits pour comprendre l’enjeu derrière la bataille, permet en effet d’appréhender en partie pourquoi cette bataille semble aujourd’hui encore être un moment fondateur pour les Français.

Elise Meyer explique que c’est par la volonté de Louis-Philippe que cet évènement a été réhabilité dans la « mémoire collective ». « La bataille de Valmy (20 septembre 1792) n’était pas une bataille appréciée des Français avant 1830, contrairement aux grandes batailles napoléoniennes. Gagnée par un traître, Dumouriez, et faisant l’objet de nombreuses rumeurs, elle a lentement sombré dans l’oubli. C’est pourtant cette bataille que Louis-Philippe Ier choisit comme faire-valoir républicain lorsqu’il monte sur le trône. » (Valmy,… , Introduction).

La Trouée de Grandpré : les Prussiens croyaient venir en maîtres dicter les lois à Paris et à toute la France… 22 octobre 1792. Gravure à l’eau forte populaire, coloriée, Département des estampes. D’après ce que j’ai pu lire, il s’agirait de la seule représentation « populaire » de la bataille avant le règne de Louis Philippe.

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Louis-Philippe à dix-neuf ans en tenue de lieutenant général de la Révolution, au moment de Valmy et de Jemmapes. Portrait peint de manière rétrospective par Léon Cogniez en 1834. © Château de Versailles

« […] les discours de celui-ci abondent de références à la bataille. Les raisons de cet attachement sont avant tout politiques, car le nouveau roi doit montrer qu’il est l’antithèse de son prédécesseur, Charles X, et donc prouver qu’il est un homme aux positions libérales, inspirées de la Révolution française et non de l’Ancien Régime. Toutefois, ces références sont rapidement dénoncées par ses détracteurs ; Louis-Philippe se voit obligé de les délaisser progressivement. Cependant, il a tout de même réussi à populariser la bataille à long terme, à tel point que l’opposition républicaine commence à s’y intéresser, puis à s’en emparer, pour finalement lui donner le succès que l’on sait quelques années plus tard » (p. 11) : « les références à la bataille de Valmy deviennent omniprésentes dans la bouche des hommes politiques de la IIIe République, à tel point que la canonnade devient l’un des mythes fédérateurs du régime » (p. 10).

Concrètement, « Le site de la bataille a été délaissé jusqu’en 1820, date du décès de Kellermann, devenu maréchal d’Empire et sacré ‘premier duc de Valmy’ par Napoléon Ier. Souhaitant honorer la bataille qui lui a valu son titre, Kellermann avait demandé que son coeur soit enterré à Valmy. Il a donc été placé sous une pyramide à l’endroit où il aurait prononcé son fameux cri. On peut être surpris de voir son voeu être exaucé en pleine Restauration, toutefois son emplacement funéraire n’a pas été jugé protestataire. Néanmoins, la cérémonie et l’érection de cette pyramide perpétuent le souvenir de Valmy qui voit un premier monument s’élever en son honneur. Le moulin, lui, avait déjà été reconstruit par le meunier Nicolas Thomas grâce à des dommages de guerre.

©france-voyage.com

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Lorsque Louis-Philippe monte sur le trône, il sait qu’il doit prouver par des faits son attachement à la Révolution française. Sitôt intronisé, il décide donc d’organiser un voyage à Valmy, afin de montrer à tous qu’il est fier d’avoir participé à cette bataille. Cette intention figure déjà dans une audience, le 18 octobre 1830, qu’il accorde à la députation de la commune de Valmy : ‘[…] Vous avez dû voir, dans ma galerie, le tableau de la bataille de Valmy; vous y aurez reconnu votre moulin, qui est devenu si célèbre. La commune de Valmy a souffert dans cette glorieuse journée, et je me ressouviens de l’avoir bien regretté ; mais c’était, comme vous le dîtes, un moment critique où les dangers de la patrie empêchaient presque de compatir aux maux particuliers. Au reste, le nom de Valmy est glorieux pour la France, puisque c’est là que l’invasion de 1792 a été arrêtée et repoussée par la force nationale. Il me tarde d’avoir revu Valmy, et quand je passerai dans vos contrées, je ne manquerai pas d’aller voir MON MOULIN. J’ai quelques droits de l’appeler ainsi, puisque je l’ai défendu pendant toute la bataille, et si j’ai dû le faire abattre le soir, c’est qu’il avait tellement été criblé par les boulets, qu’il menaçait de nous tomber sur la tête.

Comme le montre cette déclaration, Louis-Philippe souhaite donc devenir l’héritier unique de la bataille. La mention en majuscules ‘MON MOULIN’ dans discours, allocutions et réponses de S. M. Louis-Philippe, roi des Français paru à la fin de l’année 1830 montre bien cette intention. » (pp.18 à 19)

« Le 8 juin 1831, Louis-Philippe se rend enfin sur le tertre, sous les acclamations des habitants de la région ; Valmy devient ce jour-là un des lieux de visite officiels du roi. Cet épisode a été longuement raconté par l’Annuaire de la Marne de 1832 : ‘Il examina pendant longtemps l’emplacement des batteries qu’il commandait en avant et à l’ouest du moulin. Pendant ce temps, les artilleurs châlonnais simulaient le combat de 1792, en dirigeant leur feu sur la Lune. La rapidité et la précision de leur manoeuvre […] fut remarquée par le roi. […] En se préparant à partir, il passa devant les pièces ; le lieutenant Bellois, craignant quelque accident, lui dit : ‘Sire, il y a du danger, nos pièces sont chargées’ ; le roi, continuant sa marche, répondit : ‘Ah ! mes amis, je suis bien tranquille, celles-là ne me feront jamais de mal !’ Parvenu au pied de la pyramide élevée à la mémoire de Kellermann, un vieux canonnier de 92 lui dit : ‘Sire, mon général, j’ai eu le bras emporté à Valmy en servant les batteries que vous commandiez ; la Convention m’a accordé une pension de 800 francs, on l’a réduite à 177 ; j’en demande le rétablissement’. Le roi lui donna la croix qu’il portait, en lui disant qu’il était heureux de récompenser, sur le lieu même où il avait défendu la patrie, un brave mutilé en combattant pour elle, et qu’il s’occuperait de sa pension.’ Louis-Philippe se conduit donc en maître sur les lieux de la bataille et ne s’en cache pas. Par sa simple présence, le tertre devient sacré : les pièces d’artillerie ne peuvent blesser celui qui se désigne comme l’un des principaux acteurs de la bataille. » (p. 19)

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Je pense, sans certitude toutefois que la description ci-après correpond au tableau représentant la visite de Louis-Philippe à Valmy « Le roi est bien visible, presque au centre et sur un cheval blanc, stratégiquement positionné entre la pyramide contenant le cœur de Kellermann et le moulin. Pour réaliser un tel placement, le peintre n’a pas hésité à réduire la taille de la pyramide et la distance entre les deux constructions. Pour montrer sa proximité avec le peuple, on y voit le roi en train de converser avec le vieux soldat qui lui avait demandé de restaurer sa pension. Le titre du tableau est très long : ‘Le roi visitant le champ de bataille de Valmy y rencontre un vieux soldat amputé à cette bataille, auquel il donne la croix de la légion d’honneur et une pension. Juin 1831.’. Si ce titre est si long, c’est parce qu’il permet aux visiteurs de bien comprendre ce que fait leur roi sur le tableau. Il s’agit bien évidemment d’un tableau de propagande, qui a comme but d’illustrer un bel acte, non d’être remarquable esthétiquement. Charles Gavard, qui a entrepris la description complète de l’ensemble des œuvres présentes au château en neuf tomes, développe cet aspect en racontant entièrement la visite du roi dans son ouvrage, afin de prouver la bonté de son souverain et insiste sur l’affection du peuple envers Louis-Philippe : ‘Le roi, visitant les départements de l’Est au mois de juin 1831, voulut voir le champ de bataille de Valmy, qui, avec tant de souvenirs glorieux pour la France, lui rappelait celui de ses premières armes. Après avoir examinél’emplacement des batteries qu’il commandait lui-même en avant et à l’ouest d’un moulin qui fut abattu pendant la bataille, le roi se rendit à la pyramide élevée en l’honneur du maréchal Kellermann, duc de Valmy, et sous laquelle son cœur a été déposé, selon ses dernières volontés. Au pied de ce monument se trouvait un vétéran qui, s’approchant du roi, lui dit : ‘Sire, mon général, j’ai eu le bras emporté Valmy, là, auprès de vous, en servant les batteries que vous commandiez. La Convention m’a accordé une pension de huit cents francs elle a été réduite à cent soixante et dix-sept j’en demande le rétablissement.’ Le roi, se faisant donner immédiatement une croix de la Légion d’honneur, en décora lui-même le brave Jametz : ‘Je vous donne de grand cœur cette décoration, ajouta-t-il; je suis heureux de récompenser après trente-neuf ans, et sur le lieu même où il a défendu sa patrie, un brave mutilé en combattant pour elle. Je m’occuperai de l’affaire de votre pension. Cette scène inattendue et touchante remplit l’âme des spectateurs d’une vive émotion, et les cris de vive le roi! éclatant à la fois de toutes parts, se firentl’emplacement des batteries qu’il commandait lui-même en avant et à l’ouest d’un moulin qui fut abattu pendant la bataille, le roi se rendit à la pyramide élevée en l’honneur du maréchal Kellermann, duc de Valmy, et sous laquelle son cœur a été déposé, selon ses dernières volontés. Au pied de ce monument se trouvait un vétéran qui, s’approchant du roi, lui dit : ‘Sire, mon général, j’ai eu le bras emporté Valmy, là, auprès de vous, en servant les batteries que vous commandiez. La Convention m’a accordé une pension de huit cents francs elle a été réduite à cent soixante et dix-sept j’en demande le rétablissement.’ Le roi, se faisant donner immédiatement une croix de la Légion d’honneur, en décora lui-même le brave Jametz : ‘Je vous donne de grand cœur cette décoration, ajouta-t-il; je suis heureux de récompenser après trente-neuf ans, et sur le lieu même où il a défendu sa patrie, un brave mutilé en combattant pour elle. Je m’occuperai de l’affaire de votre pension. Cette scène inattendue et touchante remplit l’âme des spectateurs d’une vive émotion, et les cris de vive le roi! éclatant à la fois de toutes parts, se firent entendre pendant longtemps » (pp.38-39)

Plus tard, Louis Philippe « […] décide de soustraire le château de Versailles de l’abandon, dans lequel il était depuis la Révolution française, afin d’en faire un musée de l’histoire de France. […] La restauration du château est un projet politique de très grande envergure pour Louis-Philippe. En effet, en consacrant ce symbole de l’absolutisme à ‘toutes les gloires de la France’, comme il l’inscrit sur la façade de Versailles, le roi tente de réconcilier les deux Frances, celle de l’Ancien Régime et celle de la Révolution, en les réunissant dans un même lieu. […] La galerie des batailles est sans conteste le lieu le plus décisif du musée : elle devait rappeler aux visiteurs les héritages multiples dont se réclamait la monarchie de Juillet . Le roi sélectionna 33 tableaux qui devaient illustrer les grandes batailles de la France, de Tolbiac en 496 à Wagram en 1809 . Horace Vernet est le peintre le plus demandé par le roi pour mettre en scène ces grands évènements. Pourtant, ce n’est pas lui qui se charge de peindre la bataille de Valmy. Il est probable que le roi voulait qu’il peigne des œuvres inédites. Cependant, il semble attaché au tableau [d’Horace Vernet sur Valmy acheté à titre personnel en] 1826 : il demanda donc à un autre peintre, Jean-Baptiste Mauzaisse (1784-1844), d’effectuer une copie de ce tableau pour le musée. » (pp. 34-35)

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La bataille de Valmy par Horace Vernet © The National Gallery, National Gallery Photographic Department – Notice historique

La bataille de Valmy, 2à septembre 1792 par Jean-Baptiste MAUZAISSE © Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet / G. Blot

La bataille de Valmy, 20 septembre 1792 par Jean-Baptiste Mauzaisse © Photo RMN-Grand Palais – D. Arnaudet / G. Blot

balkiara.joueb.com

Le tableau au château de Versailles ©balkiara.joueb.com

« La restauration du château de Versailles est probablement la plus belle réussite de la politique de réconciliation nationale du roi, car elle a créé un soutien populaire très fort, quoiqu’éphémère, en faveur de la Couronne. Il ne faut donc pas négliger son apport quant à la vision de la bataille de Valmy qu’en avaient ses contemporains. Sa place dans la galerie des batailles lui permet d’accéder au statut de grande victoire de la France. Cette place ne manque pas d’attirer d’autres peintres : à de nombreuses reprises, des tableaux de la bataille de Valmy sont exposés dans les salons de peinture durant les années qui suivirent , comme ceux de Théodore Jung [voir plus haut dans cette chronique] »(pp. 37-38).

Louis-Philippe ne s’arrêt pas là: ainsi, un quai à Paris revêt le nom de Valmy et l’Arc de Triomphe porte également cette mention (terminé en 1836). Il en va de même pour un vaisseau à voile de 120 canons inauguré à cette époque. C’est encore à cette bataille qu’il est fait référence lors de la création d’un camp de colons en Algérie (actuelle El Kerma, près d’Oran).

A nous Paris

Le quai Valmy le long du canal Saint-Martin dans le Xème arrondissement © A nous Paris

Louis-Philippe a beau être raillé par la critique pour son « amour » pour Valmy, cette bataille va être peu à peu récupérée par ses plus farouches opposants.

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As-tu déjeuné, Jacot ? - Valmy ! - as tu déjeuné ? - Jemmapes ! tu dis toujours la même chose. - Valmy ! - Jemmapes ! - Valmy ! -[etc.] : [estampe]

As-tu déjeuné, Jacot ? – Valmy ! – as tu déjeuné ? – Jemmapes ! tu dis toujours la même chose. – Valmy ! – Jemmapes ! – Valmy ! -[etc.] : [estampe]

« Les écrivains et les hommes politiques républicains s’intéressent tout d’abord fort peu à la bataille de Valmy, préférant les batailles offensives telles que Jemmapes ou Fleurus pour la République et Austerlitz pour l’Empire. Valmy n’a pas encore d’aura romantique, en témoigne son absence dans les poèmes de Victor Hugo. Cependant, ce n’est pas le cas de certains historiens républicains qui voient cet événement d’un œil nouveau grâce aux écrits qu’ils reçoivent d’Outre-Rhin. C’est en effet pendant la monarchie de Juillet que les Français découvrent les analyses de la Révolution rédigées par Goethe et de Kant. Ce sont d’abord les premiers historiens socialistes, comme Tissot, Cabet, Buchez ou Laponneraye » (p. 75).

« Dès la fin des années 1830, la plupart des historiens républicains s’accorde à replacer les soldats au centre de l’action lors de la bataille de Valmy. La canonnade n’est plus un simple fait de gloire de Louis-Philippe : remportée par les révolutionnaires, elle prouve la grandeur de la nation telle que la conçoivent les auteurs romantiques et convainc les plus fervents républicains. » (p. 80)

« Lorsque la monarchie de Juillet s’effondre le 22 février 1848, la bataille de Valmy n’est plus l’attribut de Louis-Philippe, mais des républicains. Les récits sur la bataille continuent à paraître pendant la IIe République, puis durant le Second Empire, sous la plume d’un Louis Blanc ou d’un Edgar Quinet. Force est de constater que l’épreuve du temps a profité à la célèbre canonnade, puisque sa symbolique a été restaurée et amplifiée. Cependant, cette nouvelle façon d’appréhender la bataille de Valmy reste majoritairement réservée à une élite citadine. Il faudra attendre la IIIe République pour qu’elle touche l’ensemble de la population, notamment via l’école et les manuels scolaires. Dès lors, elle permet de donner aux futurs conscrits un exemple édifiant de la nation en armes prête à se sacrifier pour la patrie. » (p. 91)

L’historien Jean-Paul Bertaud relate aussi comment peu avant la Grande Guerre, une commission est créée afin de rassembler tous « les documents qui, dans les départements, relatent la levée des Volontaires nationaux et les hauts faits de la Nation » (Valmy, La démocratie en armes, p. 12), une nouvelle occasion de faire briller Valmy. 

Au travers des multiples développements de cette chronique, j’ai voulu démontrer que Valmy et son mythe méritaient bien plus que les 26 pages qui lui sont réellement consacrées dans un album qui n’a pas su transposer de très bons concepts de départ. D’autant qu’au lieu de proposer un supplément comportant un dossier sur le travail de conception de l’album en fin de lecture, on a simplement le droit à une publicité pour les prochains tomes de la série: quel dommage!

Valmy, septembre 1792, Delcourt, 2016.

1- Découvrir les 8 premières pages.

2- On en parle:

3- En savoir plus sur Valmy

4- Le moulin de Valmy et ses alentours

5- Goethe et Valmy

6- Le système Gribeauval

Montage vidéo effectué lors d’une visite guidée au Musée des canonniers sédentaires de Lille. Ce musée animé par des passionnés, détient, chose rare, 2 modèles complets et intacts de Gribeauval 4 offerts par le Premier Consul en 1803. Ce musée possède en outre un certain nombre de pièces concernant le siège de Lille qui a lieu en parallèle à la bataille de Valmy.

Quelques photos des Gribeauval et de leur environnement (cliquer sur les photos pour agrandir)

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©collezioni-f.it

Quelques illustrations sur les canons Gribeauval

7- Un bijou de Marie-Antoinette retrouvé?

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