Étiquettes

, , , , , , , , ,

1540-12016 est une année faste pour les amoureux de littérature puisqu’il s’agit du 400ème anniversaire de la mort de 2 « géants », l’espagnol Cervantès et le britannique William Shakespeare, tous deux décédés un 23 avril 1616. Il n’est donc pas surprenant que Shakespeare inspire une bande dessinée très originale et intitulée en toute simplicité: Le Grand Shakespeare illustré.

Petit aparté: j’en profite pour écrire que je suis désolée pour les publications très espacées de ces derniers mois. Ce sera malheureusement encore le cas jusque début juin et peut-être à nouveau entre fin juillet et octobre pour cause de préparation d’examens professionnels. Je constate néanmoins que ce blog se porte très bien puisqu’il a dépassé les 6 000 vues et les 3 000 visiteurs. Merci de cette confiance.

Mais revenons à nos moutons: ce n’est pas la première fois que Shakespeare est mis à l’honneur par le 9ème art. Outre les oeuvres inspirées de près ou de loin par cet auteur, on trouve aussi bien une adaptation BD d’une tragédie avec texte intégral, un roman graphique ou encore un manga jouant sur les parts d’ombres qui entourent la vie de cet auteur.

Jusqu’à présent, on connaissait surtout l’illustratrice Caroline Guillot au travers de sa vision décalée de l’histoire. Une vision qu’elle a tout d’abord développée via son blog Trash Cancan puis d’ouvrages consacrés aux travers des grands de l’histoire de France.

Avec Le Grand Shakespeare illustré,  on retrouve l’esthétique de Trash Cancan; la volonté d’instruire en divertissant et le format d’édition sont également conservés. Par contre, le ton est très différent. D’ailleurs, sur la couverture, on ne trouve pas mention d’une quelconque « filiation » avec Trash Cancan. De plus, l’hémoglobine n’est plus omniprésente et a laissé place a contrario à des couleurs pastels.

Cet opus se veut être avant tout une « introduction » à la « galaxie » shakespearienne.

LGSI8

©Bignoze.fr

Caroline Guillot brosse intelligemment le contexte de création de l’oeuvre et rappelle les mystères concernant l’existence de l’artiste. Elle ne tombe cependant pas dans le piège qui aurait consisté à tout rapporter sur le sujet. En 13 pages, elle synthétise les éléments majeurs autour desquels tant d’encre a coulé depuis le XIXème siècle et continue encore de couler.

Le « Barde  de Stratford-upon-Avon » est en effet, un sujet de controverses intellectuelles diverses, à commencer par son existence même. Pas moins de 78 candidats potentiels revendiquent le titre de véritable Shakespeare.

LGSI7

LGSI9

©Chêne BD

Pour activer les sous-titres en français, afficher les commandes et cliquer sur la dent crantée « Paramètres » et choisir « Sous-titres »

L’une des dernières pistes évoquées est celle de John Florin, fils d’un exilé juif italien, converti au protestantisme. Réputé pour son habileté à manier les langues, réputé pour la richesse de sa bibliothèque, ce courtisan avait notamment traduit les Essais de Montaigne en anglais…

LGSI8

Exemples de signatures attribuées à William Shakespeare ©accurmudgeon.blogspot.fr

Pourquoi autant de passion autour de l’auteur? Avec un total de 37 pièces de théâtre et 154 oeuvres conservées, Shakespeare, c’est environ 3 000 mots toujours en usage aujourd’hui (assassination, excitent, go-between, hostile…) et 7 000 locutions originales. Il est également à l’origine de nombreuses expressions « idiomatiques »: love is blind « l’amour est aveugle » ou truth will out « la vérité finira toujours par triompher » proviennent par exemple du Marchand de Venise. D’où l’usage de la périphrase désignant l’anglais comme étant la « langue de… ».

Shakespeare représente aussi 1/10ème des citations écrites ou prononcées en anglais, ce qui le place en seconde position parmi les écrivains les plus cités en anglais.

Mais au fond, peu importe que « le divin William [soit ou non] l’imposture la plus grande et la mieux réussie jamais commise sur un monde patient » (Henry James, 1903): les oeuvres existent bel et bien donc autant comprendre dans quelles conditions elles furent entendues et vues à l’origine.

Le théâtre du Globe reconstitué en 3D. Il a brûlé le 29 juin 1613 suite à un incendie pendant une représentation. Il est définitivement détruit en 1644.

A cet égard, j’ai particulièrement aimé la planche sur le jeu d’acteurs, un thème peu abordé et peu connu.

LGSI10

©Chêne BD

Une fois les repères pris, Caroline Guillot nous fait découvrir un panel divers des oeuvres de Shakespeare regroupées en 3 grandes catégories. Le choix s’est porté sur les oeuvres les plus connues ou, du moins, les plus emblématiques.

LGSI11

©Chêne BD

En 4 pages maximum, chaque oeuvre est présentée avec un minimum d’informations : la date approximative d’écriture, le titre original et le(s) lieu(x) de l’intrigue. Un court paragraphe de présentation, plein d’humour, met en perspective chaque scénario tant par rapport au reste de l’oeuvre, dans le contexte historique, qu’au niveau de l’originalité. Suivent 2 anecdotes autour de chaque pièce ou du sujet des pièces, avec en prime une citation connue.

On arrive alors à la partie la plus novatrice: la partie illustrée. Celle-ci se décompose elle-même en 2 sections: d’une part, la présentation des personnages principaux et secondaires avec leurs relations familiales et émotionnelles majeures et d’autre part, le déroulement en 6 étapes de l’intrigue au travers de ses scènes clés décortiquées. Tout est limpide en quelques coups d’oeil! Exemple avec une de mes pièces préférées: Le Songe d’une nuit d’été.

LGSI15

LGSI14

©Chêne BD

Petit bémol: il manque à mon grand regret, Le Marchand de Venise, notamment adapté en 2004 au cinéma avec Jérémy Irons et Al Pacino dans 2 des rôles phares.

Au final, Le Grand Shakespeare illustré est un régal pour le lecteur curieux. A réviser avant vos prochaines sorties théâtre pour impressionner et passer pour un érudit car je ne doute pas que dès la ou les multiples lectures, vous vous précipiterez pour (re)découvrir, écouter ou voir avec délectation ces oeuvres en intégral.

J’espère qu’il y aura une ou plusieurs suites à cette superbe initiative, y compris pour des auteurs nationaux. Les collections Profil pour le Bac Français peuvent trembler!  😉

« Brush up your Shakespeare 

[Traduction libre de l’auteur du blog: Révise ton Shakespeare]

Start quoting him now 

[Commence à le citer dès maintenant]

Brush up your Shakespeare

And the women you will wow

[Et les femmes en seront ébahies] »

(Extrait de Cole Porter, Brush up your Shakespeare)

 

Le Grand Shakespeare illustré, Chêne BD, mars 2016.

 

1 – Feuilleter un autre extrait de la BD

2 – Ils en parlent:

3 – Pour aller plus loin et découvrir quelques oeuvres de Shakespeare à travers une mini-série de Arte

Les Editions Montparnasse, associées à la BBC, ont également édité un coffret regroupant des adaptations télévisées tournées entre 1978 et 1985 avec un casting prestigieux (présence de John Cleese ou Helen Mirren par exemple). Pour chaque oeuvre, il y a une version originale avec des sous-titres en anglais et en français.

LGSI13

4 – Quelques  podcasts

5 – Le site des célébrations liées à Shakespeare

Reportage sur les célébrations sur France 2.

6 – Quelques films sur l’oeuvre de Shakespeare

7 – Shakespeare 2.0

LGSI9

Spectacle son et lumière au Guildhall, à Londres, le 5 mars 2016 ©LNP/SHUTTERSTOCK/SIPA

Publicités