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LCRCLorsqu’on évoque les grands sites liés à la grande histoire maritime française, 2 noms viennent immédiatement à l’esprit: Toulon et Brest. De même, lorsqu’il est question de la Royale et de son âge d’or (XVIIème et XVIIIème siècles), on y adjoint aussi Marseille, Le Havre, Dunkerque, Lorient, Cherbourg ou Saint-Malo. Un nom pourtant fondamental manque encore pour compléter le tableau: le port-arsenal de Rochefort(-sur-Mer) et sa corderie royale. Comme le rappelle très justement le 4ème de couverture de l’ouvrage illustré, La Corderie royale, chez Gulf Stream Editions, « un bateau sans cordages, c’est comme un pantin désarticulé, sans vie.« 

Tout en étant ludique, l’album illustré est construit dans un but pédagogique et affiche une volonté de rigueur dans son contenu (fiche de présentation).  Il est ludique car les personnages sont des oiseaux anthropomorphes, proches du goéland. Les informations sont limitées au strict minimum, laissant la part belle aux dessins et schémas, sobres et efficaces. Ce qui explique aussi le format à l’italienne et nombre de pages limité à 27. Rigoureux ensuite car le contenu s’appuie sur l’expertise du Centre international de la Mer (CIM) de Rochefort, une association Loi 1901, qui œuvre depuis 1985 au cœur de la Corderie royale pour transmettre sa mémoire, celle de l’arsenal de Rochefort et, plus largement, pour diffuser la culture maritime. Je préconise d’ailleurs une lecture préalable de la BD à une visite du site ou de l’emporter lorsqu’on effectue celle-ci (achat sur place également possible).

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©Gulf Stream Editeur

Cet album illustré s’inscrit comme le 1er volet d’une série consacrée à l’Hermione et développé au profit de l’Association Hermione – La Fayette, qui s’est donné comme mission de reconstruire le navire mythique, construit à la Rochelle en 1779 et qui permis au marquis de La Fayette de gagner les Amériques pour son second voyage, en 1780, en renfort des colons insurgés lors de la guerre d’indépendance. 3 autres volumes ont suivi : tout d’abord, Ces drôles d’oiseaux sur le chantier de l’Hermione puis Ces drôles d’oiseaux et l’aventure de l’Hermione sur la construction de la frégate et qui reprend les panneaux qui balisent sur place le parcours de découverte, enfin, La vie à bord de la frégate Hermione qui permet d’explorer les moindres recoins de la frégate royale.

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Les couleurs chaudes employées par le dessinateur Didier Georget sont très plaisantes, le dessin suffisamment fin et détaillé pour rendre compte d’une foultitude de détails. Le propos s’organise autour d’un parcours chrono-thématique aisé à suivre. Il est complet car il aborde aussi bien les aspects liés au site que des considérations architecturales, des explications techniques sur la matière première qui constitue le cordage, le chanvre ou encore les étapes successives et les méthodes de fabrication.

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©Gulf Stream Editeur

Comment expliquer l’émergence de la Corderie royale de Rochefort? Sous l’impulsion du ministre Jean-Batiste Colbert, la Marine royale française ambitionne de retrouver le niveau qui fut le sien entre sa création, sous le règne de Louis XIII, par le cardinal de Richelieu en octobre 1626 et 1642. C’est que la France entend rivaliser avec les autres grandes puissances maritimes européennes, britannique, espagnole voire hollandaise.

Qui dit marine dit sites de construction de bateaux et bases navales, autrement dits des (ports-)arsenaux. Le site de Rochefort correspond à des impératifs stratégiques: situé en amont de la Charente, il bénéficie de la protection naturelle d’îlots situés à l’embouchure du fleuve, les îles d’Aix et d’Oléron et de sites aménagés, constituant un réseau de protection, à l’instar du célèbre Fort Boyard (construit bien plus tard).

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©Gulf Stream Editeur

En outre, l’arrière-pays rochefortais est riche en matières premières indispensables telles que le bois.

La Corderie royale figure parmi les premiers bâtiments créés au sein de l’Arsenal du « ponant », c’est à dire de l’Ouest de la France. C’est aussi l’un des derniers qui demeurent encore visibles aujourd’hui.

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©Gulf Stream Editeur

Longue de 374 m et large de 8 m, le dimensionnement de la corderie correspond à des impératifs dictés par la production de cordages pouvant atteindre jusqu’à 200 m pour une encablure d’un seul tenant. 

La Corderie Royale est surélevée et posée sur un « radeau de poutres de chêne » en raison de l’instabilité du terrain d’implantation, à l’origine, une plaine rongée par l’humidité et soumise aux éléments car située en bordure de côte.

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©Gulf Stream Editeur

Incarnation du pouvoir royal, la Corderie joint l’utilité à l’esthétique. Son rayonnement passe par la réalisation d’ouvrages d’art sur le site, à commencer par l’entrée principale monumentale menant au lieu, en forme d’arc de triomphe, dite porte du Soleil car le soleil se lève exactement dans son axe. La mission est dévolue à l’architecte du Roi Nicolas-François Blondel qui avait déjà participé à la mission de repérage d’implantation.

On y fabrique des cordages pour la Marine jusqu’en 1867, date à laquelle la Corderie est fermée, les cordes étant progressivement remplacées par les câbles, plus véloces tout en étant moins contraignants en termes de fabrication.

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©Gulf Stream Editeur

Incendié en 1944 par les Allemands, le bâtiment est classé depuis 1967 puis entièrement restauré de 1976 à 1988. La Corderie abrite désormais un magasin de cordages, une antenne du Conservatoire du littoral et le Centre International de la Mer, doté d’une exposition permanente traitant de la fabrication des cordages et d’expositions temporaires variées autour du thème de la mer. Le jardin de la Marine, anciennement jardin botanique, a été aménagé en lieu de promenade et de détente. 

La Corderie royale, Gulf Stream Editeur, 2008.

1 – Histoire de la Marine nationale

2 – La Corderie royale de Rochefort

3 – La corderie à travers des documents historiques

4 – A propos du chanvre

Des éléments intéressants concernant l’impact du chanvre, en tant que produit stratégique pp. 29 et 30.

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