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«Définissez-moi d’abord ce que vous entendez par Dieu et je vous dirai si j’y crois » Albert Einstein

En 2015, la ville de Mons est capitale européenne de la culture. Mais dès 2014, Mons se trouvait au cœur de l’actualité internationale avec les commémorations du centenaire de la Première guerre mondiale. Winston Churchill la dénommait d’ailleurs « fateful place », le «lieu où tout s’est joué » car en effet, c’est ici que, pour le corps expéditionnaire anglais, le British Expeditionary Force, l’aventure tragique commence en 1914 et se termine en 1918. Profitant de la proximité de ces deux évènements, la Fondation Mons 2015 a judicieusement édité un roman graphique disponible en Anglais et en Français (avec traduction en Flamand), intitulé Les Anges de Mons.

Pour les Britanniques, la bataille de Mons (22 et 23 août 1914), est un mythe toujours vivace dans l’inconscient collectif. Tout d’abord parce qu’il s’agit de la première action majeure des troupes. 80 000 hommes, fraîchement débarqués sur le Vieux continent,  se trouvent confrontés à un ennemi en supériorité numérique (Première Armée allemande à 160 000 hommes), déferlant littéralement sur la Belgique, lieu où on ne l’attendait pas vraiment.  Face à ce flot, les Britanniques tentent tant bien que mal de stopper l’avancée allemande en s’appuyant sur une coupure humide, le canal de Mons-Condé et sur la ville de Mons. Mais ils sont très rapidement acculés, ne pouvant recevoir de renforts des Français en pleine débâcle plus au Sud, et sont donc contraints d’entamer une retraite. Un mouvement qui durera 2 semaines et mènera la BEF quasiment aux portes de Paris (Marne) avant de pouvoir se réorganiser pour mener une contre-attaque.

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Des éléments des Royal Northumberland Fusiliers aidés de civils érigent des barricades entre Mons et Jemappes le 22 août 1914 (Collections Ville de Mons)

Surtout, durant cet épisode de résistance héroïque, la prise des ponts donne lieu à des combats acharnés, en particulier au niveau de Nimy où les rares mitrailleuses font barrage jusqu’au dernier souffle de vie. Ces actions d’éclat conjuguées à une intervention divine (?) auraient permis un désengagement en bon ordre du gros du corps expéditionnaire britannique.

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La légende veut en effet, qu’au moment le plus critique, alors que l’adversaire était sur le point de les déborder, les Britanniques, acculés, aient bénéficié d’une intervention surnaturelle. Certains y auraient vu un nuage lumineux, d’autres des anges guerriers, d’autres encore, Saint-George en personne, entouré des fantômes des célèbres archers anglais de la bataille d’Azincourt qui s’était tenue non loin (département du Pas-de-Calais) quelques siècles plus tôt.

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Collections Ville de Mons

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H. St John Jones, Angels of Mons, 1915. Collections Ville de Mons

« Miracle »? Hallucination collective due à la fatigue, au stress et à un sursaut d’espoir? Quoiqu’il en soit, cette « légende urbaine » coïncide avec la parution dans un journal anglais, en 1914, d’une nouvelle se déroulant dans un contexte similaire, The Bowmen (Les archers), par Arthur Machen. Un certain nombre de contemporains prendront le récit pour un témoignage véridique des événements malgré les démentis de l’auteur. Une affaire qui prendra des proportions inouïes en mai 1915 lorsque la      « propagande » pro-alliés « instrumentalise » d’une manière ou d’une autre cette histoire d’anges lors des sermons. Un argument implacable aussi alors qu’on tente de lever une nouvelle armée de réservistes et de conscrits…

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Clairon britannique du 2/King’s Royal Rifle Corps écrasé pendant la retraite de Mons. Un soldat anonyme garda ce clairon en souvenir comme un témoignage de la violence à laquelle il dut faire face (Collections Ville de Mons)

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Arrivée de troupes allemandes sur la Grand’Place de Mons le 24 août 1914 (Collections Ville de Mons)

Personnellement, la foi mystique décrite et la capacité de l’être humain à tenir grâce à des petits riens m’ont rappelé le récit d’une ancienne déportée d’Auschwitz, Magda Hollander-Lafon qui explique n’avoir dû sa survie qu’à Quatre petits bouts de pain, reçus comme un signe d’espérance inespéré.

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Carte postale (vers 1915) Collections de la Ville de Mons

Le prisme choisi par Claude Renard et Xavier Hanotte est celui du destin croisé d’un soldat, Arthur Newman et d’un lieutenant, Réginald H. Watkins. Deux personnages de fiction a priori même si des homonymes ont réellement existé et servi dans l’armée britannique à cette époque. Le récit débute par un flash-back sur août 1914. Arthur relate les faits à son supérieur, Réginald et exprime le désir de retourner à Mons à la fin du conflit. Un souhait qui ne sera malheureusement pas exhaussé car il décède en 1916 dans la Somme. C’est donc Réginald qui se rendra à nouveau sur les lieux à la faveur de la libération de la ville en novembre 1918, à laquelle il participe. Marqué par le souvenir de l’épisode conté, il se rend dans la collégiale Sainte-Waudru, la plus importante église de Mons et son existence en sera bouleversée à jamais…

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 ©Fondation Mons 2015 Editions

Les choix graphiques opérés pour cet album permettent de faire ressentir une certaine poésie ainsi qu’une intemporalité propres à la ville de Mons. En tous cas, de celles que je ressens lorsque d’aventure, je me promène dans son centre-ville.

De même que l’absence de bulles, les dialogues concis, laissent la place prédominante aux dessins, de véritables tableaux dignes des impressionnistes.

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 ©Fondation Mons 2015 Editions

La construction du scénario et son organisation graphique autorisent également une certaine liberté de lecture car le parcours des 2 personnages se distingue par une divergence au niveau de l’atmosphère: jaune orangé pour le soldat, sépia / noir et blanc pour le Lieutenant. On peut donc suivre le déroulement normal de la BD qui alterne le déroulement des 2 épisodes ou choisir de ne se baser que sur les dates pour lire le 1er récit puis le 2nd.

Paradoxalement, j’ai trouvé le début plus lumineux que la fin qui m’a laissée un peu perplexe… L’autre petit bémol porte sur le fait que cette BD est une commande et que donc elle se focalise sur Mons alors que l’épisode du pont de Nimy aurait pu mériter quelques pages… et non, une simple évocation au travers d’un dessin en fin d’album.

Au demeurant, l’originalité de cet album illustré justifie à elle seule ne serait-ce que sa lecture sans oublier la singularité de l’épisode évoqué…

Les Anges de Mons, Fondation Mons 2015 Editions, 2013. 

1 – Regard croisé illustré

Ayant eu la chance de pouvoir confronter de visu les différents lieux de Mons représentés par l’auteur avec la réalité, je vous propose un petit aperçu des sites et objets ayant servi de source d’inspiration.

Tout d’abord, pour se situer, une représentation panoramique contemporaine de la ville de Mons par l’artiste Gérard Noirfalise avec de gauche à droite, au même niveau, les principaux monuments historiques de la ville: la collégiale Sainte-Waudru (dans sa longueur), le beffroi et le campanile de l’hôtel de ville (extrême droite).

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©Gérard Noirfalise

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 ©Fondation Mons 2015 Editions

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©Fondation Mons 2015 Editions

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Vers 1860

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©Fondation Mons 2015 Editions

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©Fondation Mons 2015 Editions

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  • P. 44 Gargouille(s) de Sainte-Waudru

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©Fondation Mons 2015 Editions

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  • P. 47 « L’espérance », oeuvre du sculpteur montois Jacques Dubreucq (1535 – 1548) dans le chœur de Sainte-Waudru

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©Fondation Mons 2015 Editions

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  • P. 55 Allégorie du temps qui passe et de la mort inéluctable figurant dans l’un des bas-côtés de Sainte-Waudru

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©Fondation Mons 2015 Editions

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  • P. 66 Entrée de Sainte-Waudru. A noter: le décor qui figure au-dessus du linteau n’est pas celui de l’entrée principale qui n’en comporte pas. Il s’agit vraisemblablement d’une entrée secondaire.

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©Fondation Mons 2015 Editions

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2 – Bonus 

A titre de comparaison et en complément, ci-après l’interprétation retenue du même épisode illustré dans le collectif belge Il était une fois 1914 (Abbaye de Stavelot, 2014), vu du côté adverse.

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©Abbaye de Stavelot

3 – Ils en parlent

Sur RTBF.be
Sur TéléMB.be
Sur Auracan.com
Sur DH.be
Sur Des mots et des notes

4 – Évocations des « Anges » et de la bataille de Mons à travers la peinture et la photographie

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  • D’autres représentations des « Anges » et des photos des troupes britanniques à Mons

5 – Pour aller plus loin : quelques sites et documents en anglais sur le phénomène paranormal et l’usage de la propagande pendant la Grande guerre

  • Le site du journaliste et universitaire David Clarke
  • Article d’un passionné d’histoire militaire Steve MacGregor
  • Documentaire sur Youtube

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Extrait du spectacle sons et lumières commémorant la Grande guerre à Mons en 2014

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« Pack up your troubles in your old kit-bag,(Traduction libre de l’auteur du blog: Remise tes inquiétudes dans ton vieux paquetage)
And smile, smile, smile, (Et souris, souris, souris)
While you’ve a lucifer to light your fag, (Alors que tu peux griller une cigarette pour alléger ton fardeau)
Smile, boy, that’s the style. (Souris, c’est l’attitude à avoir)
What’s the use of worrying? (Pourquoi se faire du mouron?)
It never was worth while, so (Cela n’a jamais servi à rien, donc)
Pack up your troubles in your old kit-bag, (Remise tes inquiétudes dans ton vieux paquetage)
And smile, smile, smile. (Et souris, souris, souris) »
Refrain de Pack up your troubles in your old kit-bag, and smile, smile, smile (marche cadencée de la Première guerre mondiale, George « Asaf » Henry Powell, 1915)

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Plaque commémorative en l’honneur des Canadiens – Hôtel de ville de Mons

LADM30Plaque commémorative en l’honneur de l’Empire britannique – Collégiale Sainte-Waudru

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LADM35Troupes écossaises et foule en liesse dans une rue de Mons le 11 novembre 1918 ©National Library of Scotland

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