Étiquettes

, , , , , , , , , , , , ,

ILLDFNon, je n’ai pas lu ou vu Les Rois maudits de Maurice Druon (honte à moi!). En conséquence, je ne connaissais pratiquement rien du personnage qui donne son nom à ce diptyque: Isabelle, « la Louve de France ». Cela est également vrai de la période pré « Guerre de Cent ans ». C’est ce qui m’a justement amenée à m’intéresser à cette BD, outre le côté léché et extrêmement précis du dessin.

Après le lancement d’Aliénor pour cette nouvelle série de Delcourt, intitulée « Les Reines de Sang« , voici donc le récit d’un autre personnage féminin de premier plan.

Qui est-elle? Fille de Philippe IV le Bel, roi de France, elle a été mariée au roi d’Angleterre Edouard II, afin de renforcer les liens entre les deux puissances européennes rivales. Isabelle est consciente de sa condition précaire, plus tout à fait française, mais jamais tout à fait anglaise non plus. D’autant qu’elle n’est qu’un ventre pour son époux, plus intéressé par ses mignons, en particulier, Hugues, fils de son plus proche conseiller, Despenser.

Humiliée, celle qui a été élevée dans le culte de l’intérêt d’Etat, s’attache pourtant à ne rien lâcher. Intelligente et connaissant les rouages politiques, elle use de son influence pour tenter d’orienter depuis l’ombre le cours des événements. Ce, d’autant qu’elle entend bien voir son fils aîné (le futur Edouard III) établir un pouvoir royal digne de ce nom.

Pourtant, au moment où les dissensions territoriales s’accumulent, en particulier en ce qui concerne l’Aquitaine, ce sont les affaires de “cœur” qui vont décider de son parcours hors normes. En effet, cette reine “froide” et déterminée, qui n’a pas hésité à faire condamner ses belles-sœurs adultères et femmes des héritiers (l’affaire de la Tour de Nesle qui orientera l’adoption de la loi salique et l’exclusion d’héritières sur le trône de France), va céder devant Roger Mortimer, bras armé de la rébellion menée par les barons pour débarrasser l’Angleterre de l’influence jugée néfaste des proches conseillers du Roi, les Despenser.

Mortimer échoue malheureusement puis s’évade de la Tour de Londres vers la France, certainement avec sa complicité. D’ailleurs, Isabelle ne tarde pas à le retrouver et dès lors part à la reconquête de l’Angleterre, au nom de son fils. La vengeance de la « louve » sera terrible… Peut-être un peu trop même. On est loin du personnage de Sophie Marceau dans Braveheart. D’ailleurs, il semble peu probable que Wallace l’ait réellement rencontrée car elle avait 8 ans à sa mort…

Un portrait très contrasté et très bien documenté qui rend compte de la complexité de l’époque même si la réflexion induite sur le statut de « femme de pouvoir » peut parfois sembler anachronique. Une belle illustration sur les liens tumultueux entre l’amour et le pouvoir qui n’ont jamais fait bon ménage surtout lorsqu’on découvre la « chute » de l’histoire, qu’il s’agisse de l’amour « impossible » entre la Reine et Mortimer (la BD présente une version probable des faits, pas forcément retenue par les historiens…) ou que l’on pense aux conséquences plus ou moins directes qui engendreront à terme la guerre féodale et de succession de plus de cent ans que l’on connait entre les Anglais et les Français.

Quelques images et dialogues explicites sur les pratiques sexuelles d’Edouard II donc à ne pas mettre entre toutes les mains…

Isabelle, la louve de France, Delcourt, 2012 et 2014. 

1 – L’affaire de la Tour de Nesle expliquée en BD

2 – La loi salique expliquée en BD

ILLDF2ILLDF3ILLDF4

©Delcourt

Advertisements